Guillaume Larcher
Gemmage à mort
« J'avais beaucoup ramé, d'un grand geste net et assoupi, les yeux au-dedans fixés sur
l'entier oubli d'aller, comme le rire de l'heure coulait alentour. Tant d'immobilité
paressait que frôlé d'un bruit inerte où fila jusqu'à moitié la yole, je ne vérifiai l'arrêt
qu'à l'étincellement stable d'initiales sur les avirons mis à nu, ce qui me rappela à
mon identité mondaine.
Qu'arrivait-il, où étais-je ? »
Cette toge prétexte, rose calvaire, mise en tropes,
je la remets à
Frédéric Riera et au
Dr. Irène Nigolian-Khatchatourov.
Retours à Crusoé
Au promeneur solitaire
Là où des destins j’ai bu tout un superbe,
le là où tel entend tempêter hyène ou harpie,
si que telles partageant d’Ange le noirci :
en mille plis je hors leur langue vaine !
Mon errant ombre en ombre sous vieilles lunes,
à nul esquif d’ouïe qu’aigu de buse ;
et tant que sous mes pieds dure la lave de béton,
s’effrite dans les vestiges de climats oubliés.
Pour qu’il y ait quelquefois retours à Crusoé...
faut-il être plus oisif que le lotus, or bien
acanthe ou glaïeul en Ithaque ou Aiaié ?
Faille-t-il à rebours ramer aux mers stériles,
de murs morts, foliés, pour un jouir, pense…
qu’il faut bien, fréquent, un retour aux crusoés.
Étude pour une corrida, n°2
JeFrancis le thyrse à Bacchus en mon cul flasque voici le matador un petit brun bourru qui tourne qui tourne danse avecques la vie dedans prostate ça palpite fini de dimancher du boeuf sur planche sur toile post-it de ce que rôde araignée par-ci par-là derrière estrade qui mouches mange c’est dans l’arène qu’il vraiment vit tant et si qu’il y peut peau laisser d’autres confrères avant lui I must murder or die telle la règle ou de ses cornes acérées ah comme vaines sont grâces de ballerine rien que belles il doit trancher allez prendre le taureau par les hum les bonnes veines nervurées le sarment germe voilà que blossomed le monstre se dédouble es-tu fol ou femelle que de narval pieu pourfendisse pisse fleure truffe en veux-tu tout fumant en voilà exquisite elle si mouille que j’épée dans l’eau la bovine de Gaspar l’Elektra toi es-ce que je te reconnaisse baille baille ma soeur devant que .X. faunes bouchers de quel pertuis peuplent de Diane la flore qui au bain montra lune gaudia que de sa grotte la perle irrégulière ô mon Graal ma vie mon orientale m’amie l’analogie plaît quand volage tromperait oh my God il est bête à nouveau qui la danse mène qui dame qui mâle qui les deux qui les boeufs oh la vache Narcisse perdu dans eau des yeux ma langue couleur du sabir le camaïeu envenimée des véroles la petite poète comme peintre il adroit à tout caprice à quoi public répond Bar-Bar grenade ès gradins vous allez voir ce que et ma peau caméléon vos faces de fantoches et vos ses jambes sont colonnes soufflant sable comme vents variables que peux-tu peintre face à moi vanitas vanitatum mon museau cubiste ou sinusoïde ses esgourdes palmeraies mes poils sont asphalte huileux sa queue forêt de phasmes mon cul babouin cruor quelle ménagerie infâme mais comme goûtue sera terrine d’hécatombe serait-ce .C. le nombre je n’y tiens plus condamnez-le qu’on en finisse.
O Apollon Bacon !
terre brune battue et sillonnée de rose(s)
champ ininterrompu
ocres les poussières : page infinie de sable…
Encore / que (quel) cadre soit donné, -
de trop de saisons les désirs changeant, -
(à) l’hétérotopie versicolorée (?)
Décrit à la dague des pointes assassines
Il la carole cercle clair
Ils obscurs le quadrilatère
À tout autre pareils nus de visage sont.
Non plus araignée mais quoi lapin
semblance senefiance saints bols
fiction que tout ceci et tout le savoir d’homme
Mais qu’elle est belle ma foi la Beauté ; j’ai dit pomme (n.f) à la pomme et elle m’a dit « ça me plait. »
Aux revoirs une reverdie de bouche,
voyez la bête jadis si cruelle
désormais peu fière qui baisse le front !
L’incarnat est sien qu’hirsute son pinceau – échevèlement voulu – saura reverser, gorgé(e) d’avoir de saigne de cesse la suture le noeud. Ah Loxias que ne peux-tu nous donner les nouvelles tables de loi où ne plus s’asseoir ! que telle lumière baigne l’enfant de la doute clytemnestre bicéphallique ! qu’il venge son pair à qui le taureau ôta l’haleine ! de ton doigt divin admonite-lui en ce sable les empreintes sans nombre de qui le précéda, qu’il les reconnaisse enfin. O ses semblables, ô ses soeurs ! immortel témoin, toujours jeune juge, puissent tes mots apaisants justifier sa violence, ton indulgence ses tranches. Que ta volonté soit faite, que ton règne vienne, et veuille pardonner des Érinyes bourdonnantes les offenses.
Siègeront alors à l’aréopage :
Argos et Athènes
Prophètes et artisans
Dieux jeunes et anciens
Le monstre et les cygnes
Les vierges de Permesse et l’antique torture…
Descort pour la Vénus au skaï
À l’Augusta meretrix
Moi, j'écris à toutes les Églises, et je mande à tous que moi c'est de bon cœur que je vais mourir pour Dieu, si du moins vous vous ne m'en empêchez pas. Je vous en supplie, n'ayez pas pour moi une bienveillance inopportune. Laissez-moi être la pâture des bêtes, par lesquelles il me sera possible de trouver Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je suis moulu par la dent des bêtes, pour être trouvé un pur pain du Christ. Flattez plutôt les bêtes, pour qu'elles soient mon tombeau, et qu'elles ne laissent rien de mon corps, pour que, dans mon dernier sommeil, je ne sois à charge à personne. C'est alors que je serai vraiment disciple de Jésus-Christ, quand le monde ne verra même plus mon corps. Implorez le Christ pour moi, pour que, par l'instrument des bêtes, je sois une victime offerte à Dieu. Je ne vous donne pas des ordres comme Pierre et Paul : eux, ils étaient libres, et moi jusqu'à présent un esclave (cf. 1 Co 9, 1). Mais si je souffre, je serai un affranchi de Jésus-Christ (1 Co 7, 22) et je renaîtrai en lui, libre. Maintenant enchaîné, j'apprends à ne rien désirer.
Depuis la Syrie jusqu'à Rome, je combats contre les bêtes (cf. 1 Co 15, 32), sur terre et sur mer, nuit et jour, enchaîné à dix léopards, c'est-à-dire à un détachement de soldats ; quand on leur fait du bien, ils en deviennent pires. Mais, par leurs mauvais traitements, je deviens davantage un disciple, mais « je n'en suis pas pour autant justifié » (1 Co 4,4). Puissé-je jouir des bêtes qui me sont préparées. Je souhaite qu'elles soient promptes pour moi. Et je les flatterai, pour qu'elles me dévorent promptement, non comme certains dont elles ont eu peur, et qu'elles n'ont pas touchés. Et, si par mauvaise volonté elles refusent, moi, je les forcerai. Pardonnez-moi ; ce qu'il me faut, je le sais, moi. C'est maintenant que je commence à être un disciple. Que rien, des êtres visibles et invisibles, ne m'empêche par jalousie, de trouver le Christ. Feu et croix, troupeaux de bêtes, lacérations, écartèlements, dislocation des os, mutilation des membres, mouture de tout le corps, que les pires fléaux du diable tombent sur moi, pourvu seulement que je trouve Jésus-Christ.
(Lettre d’Ignace d’Antioche aux Romains)
Ce, champignon à cuticule glutineuse
Sous les talons de l’arbitraire ! comme mon nom
Ma glotte vous l’aimez amuï m’abeille
&rection & dér&liction
Vous me payez de cla!(ques) cet hypocoristique
Grimace mal incarnée ¡ Ciel mon surmoi !
haïssable, toute chemise en velours ôtée,
Enclitophilial diamant clivé sans mercy
AH la rectitude des cuisses candides…
Un nevermore à la remords-moi le bordeaux
Un embrasse-toi sur mes lèvres où vanillât vanille…
Qu’impérieuse cette aig’le tatoue du « quand on s’cogne »
Domina #girlbo$$ en son domus
Dont mes genoux tètent l’humus marmoréen
Pauvre moi « n’est pas maître en sa demeure »
Lycanthrope menotté jour aux lunes de fiel
Abrahel épingle mes tétons à l’en nui
Mol happy ending sans écume
Mais y bavent
Vos gants que ce rectal appelle de ses voeux
Amour-fleuve coule la sève des pins perdus de ma Provence
L’on s’y baigne toujours deux fois (1. tragédie ; 2. farce.)
Tu, m’agentivises, de crachin breton, la gueule
Si j’en fais provende est-ce encore du care ?
L’île-de-Bréhat
À Thomas Malthus
The shepherd’s brow, fronting forked lightning, owns
The horror and the havoc and the glory
Of it. Angels fall, they are towers, from heaven – a story
Of just, majestical, and giant groans.
(Hopkins)
Il est vulgaire de claironner des dogmes au milieu des âges exténués. S’acheminer vers la fin de l’histoire avec une fleur à la boutonnière, seule tenue digne dans le déroulement du temps.
(Emil Cioran)
le flux fuit violent son point
pas plus de jour à cueillir
que de mieux parfums puissants
pygargues à volées lascives
rongent à val os de cygnes
surnageant à vite crue
par monts n’y cours plus chimères
mais le gouffre où être au monde
fin de terre fin de perte tout demeure de finir
c’est un azurin de grince
c’est un haut midi de cendre
traînant son rose déclin
c’est ashram l’armageddon
tout est clair à claudiquer
vers on ne garde quelle trace
esperar sur l’île de bréhat
une fleur à la boutonnière
de ma saie bleue de barde
je l’espère l’arbore aux dents ma fin
du monde enfin les ruines j’entrevois
de l’or en ciels l’orbe du beau mourir